Haïti : quelles solutions pour le Baccalauréat 2020 ?

Publié le 03-05-2020 | Éditions JPL

Depuis près de dix ans, la situation sociale et politique du pays a un impact particulièrement négatif sur le secteur éducatif. Et, l’année académique 2019-2020 est pour sa part doublement affectée. Dans un premier temps, les tensions politiques qui ont traîné sur toute l’année 2018-2019 pour perturber avec intensité l’année 2019-2020 avec le phénomène de « pays lock » qui a duré plus de 2 mois où pratiquement toutes les écoles ont dû fermer leurs portes pour les rouvrir timidement la deuxième semaine du mois de décembre avec un nouveau calendrier scolaire remanié sans pour autant avoir un cachet préventif pouvant aider à parer à des éventualités de blocage. Les mois de janvier et de février se sont déroulés sans grands heurts nationaux susceptibles de paralyser ce qui restait de l’année scolaire. Pourtant, au niveau international les tentions montaient un peu plus chaque jour avec le Covid-19 qui se faisait épidémique, puis pandémique. Le traumatisme a été latent jusqu’au 19 mars où officiellement les premiers cas de contamination par le COVID-19 sont identifiés et les mesures restrictives prises interdisant des regroupements de plus de 10 personnes sur tout le territoire pour éviter la propagation du virus. Deuxième coup dur pour l’année académique.

Les réflexions et dispositions pour tenter de sauver l’année académique 2019-2020 sont nombreuses. Tel est le cas du Ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) qui, en ultime recours circonstanciel, propose de mettre sur pied une plateforme numérique dénommée PRATIC pour apporter l’enseignement aux quelques deux millions d’élèves répartis sur tout le territoire national dans les écoles publiques et non publiques ; laquelle plateforme n’est à cette heure opérationnelle. Et, lorsqu’elle le sera, que feraient les élèves qui n’ont pas de téléphones ou d’ordinateurs ? Pour ceux ou celles qui en ont, comment pallier le problème d’électricité ?

Sauver l’année académique dans le cycle scolaire signifie carrément les mesures à prendre pour faciliter le passage à une classe supérieure pour les élèves. Or pour boucler le cycle, les examens d’État pour les élèves de Terminale / Nouveau secondaire 4 (NS4) sont obligatoires. Quelles mesures seraient plus appropriées pour censurer les 14 ans d’études de ces élèves et les diriger diplômes en main vers les universités et centres professionnels de leurs choix ? Interpellée par la question, Éditions JPL a, par un sondage sur un important échantillon de directeurs-directrices et enseignants-enseignantes avisés dans les différents départements géographiques du pays, fait le tour du sujet pour savoir quelles solutions proposées pour le Baccalauréat 2020. Pour se faire, 3 questions clés ont été posées et les avis sont à la fois partagés et divergents. À la première question à savoir si les élèves du NS4 doivent avoir droit au passage automatique, redoubler ou subir un examen officiel après le déconfinement, 50% des participants optent pour un examen d’état axé particulièrement sur le minimum du programme travaillé avec les élèves en classe entre mi-décembre et mi-mars. L’autre 50% pour des initiatives responsables et engagées de la part du MENFP et des directions d’écoles qui se rapprochent de la deuxième question qui serait de « donner des cours intensifs d’un mois aux élèves du NS4 pour sauver ce qui reste de l’année scolaire ». Les participants sont d’avis pour qu’il y ait des cours intensifs mais, un seul mois ne suffirait pas selon eux pour dispenser le maximum nécessaire pour valider un examen d’état basé sur le programme du NS4. Il faut tenir compte de la disparité qui existe dans les écoles qui fonctionnent à plusieurs vitesses avec un personnel enseignants qui va du pas qualifié au peu qualifié jusqu’au qualifié capable d’atteindre un tel objectif dans un si court délai ont-ils ajouté. Ils croient qu’à la rigueur on pourrait envisager deux mois de cours intensifs (ou sur tout l’été) pour faciliter les examens du baccalauréat. Par ailleurs, ils sont tous catégoriquement opposés à la proposition véhiculée dans la troisième question libellée ainsi : « Pensez-vous que le MENFP doit demander aux écoles d’organiser leurs propres examens de passage pour leurs élèves du Secondaire 4 ? ». Selon eux, il faut rester dans une dynamique objective, inclusive pour éviter la partisanerie et ainsi obliger l’État à prendre ses responsabilités, à garantir le droit à l’éducation à tous.

Si l’on tient compte de l’évolution de la pandémie du COVID-19, un retour à l’école dans les trois prochains mois est très peu probable. Au plus vite, le MENFP devrait se prononcer sur les éventuelles solutions pour la réalisation du baccalauréat 2020 avec une bonne lecture de la situation sanitaire et sociopolitique dans laquelle se trouve le pays. Dans sa posture de garant de l’éducation, il devrait alors proposer un programme remanié dont le contenu serait adapté et dispensé sur une période raisonnable (et déterminée) pour favoriser des examens officiels exceptionnels où tous les élèves auront les mêmes opportunités de réussite.

Judith ST SURIN

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